Seulement un coup de tonnerre ?
Le refus du traité constitutionnel proposé le 29 mai a été un coup de tonnerre dans le paysage politique français. Est-ce seulement un coup de tonnerre ?
Des années passées, on observe en parallèle la montée du chômage et l’augmentation des revenus financiers, le déficit des dépenses publiques et la défiscalisation des gros revenus. La précarité, les phénomènes d’exclusion se banalisent. Au niveau mondial, les puissances financières se renforcent au dépens d’une paupérisation accrue, d’une malnutrition étendue, de famines et de catastrophes régionales. Il est maintenant incontestable que le libéralisme économique et la marchandisation des êtres vivants comme des richesses en est largement responsable. Notre bien commun est en danger.
On nous dit que c’est inévitable… On nous propose des rustines au prix de tous les sacrifices et le seul libéralisme économique comme idéologie par défaut.
En France, la démocratie représentative s’est coupée des citoyens et les dépossède de leur capacité d’intervention et de contrôle des institutions. Plus personne ne croit à la politique.
A l’occasion du débat sur le traité constitutionnel, une majorité du peuple de gauche s’est réveillée et, au travers de l’étude de ce texte, a recommencé à interroger les fondements de notre société. Cette lecture et cette étude s’est faite partout en France, au travail, en famille, entre amis et au cours de rencontres et débats réunissant citoyens cherchant à comprendre, autant qu’experts ou militants politiques, syndicaux et associatifs. Chacun s’est enrichi de la parole de l’autre.
Le 29 mai n’a donc pas seulement été un coup de tonnerre, il a réveillé l’espoir : un rassemblement populaire majoritaire peut s’attaquer au libéralisme et la volonté politique peut reprendre ses droits.
Une vitalité citoyenne, populaire et politique renouvelée
Cette dynamique civique engendre naturellement le désir de construire l’alternative, en rupture franche avec ce libéralisme, et la nécessité d’une autre façon de faire de la politique. La structure mixte des collectifs associant la parole experte ou militante à la parole citoyenne de chacun est notre ciment. Elle crée l’alchimie d’une vitalité citoyenne, populaire et politique renouvelée.
Cette vitalité partagée est essentielle. Sans elle, rien ne changera et la cohésion sociale se dégradera davantage. Avec elle, nous pourrons progresser et construire une paix sociale durable, dans l’équité et le respect des droits fondamentaux de chacun.
La droite et le patronat se moquent du verdict des urnes et ils contournent la question sociale en menant une politique sécuritaire, discriminatoire et anti-immigrée, en cassant pas à pas les règles, le droit et la protection du travail.
En réponse, nous voulons faire converger les luttes sociales et citoyennes. A la veille d’échéances électorales multiples en France, nous avons besoin de construire ensemble un autre projet de société et d’ouvrir la perspective du changement. Nous sommes conscients que pour réussir, il nous faut changer de mode politique et déjà changer la gauche. Et pour battre la droite actuelle, l’unité des forces radicalement opposées au libéralisme économique est indispensable.
Construisons ensemble l’alternative et rompons avec le libéralisme économique
Il est donc nécessaire de construire une dynamique autour de propositions en rupture avec les politiques libérales économiques et la pensée unique qui les sous-tend. Pour réussir, il est indispensable qu’un mouvement populaire s’empare de cette dynamique et développe la parole qui brisera le défaitisme et créera le juste rapport de force.
Les 3 et 4 décembre 2005, à l’occasion de la rencontre nationale des collectifs issus du 29 mai, nous avons convenu, dans une déclaration commune, d’organiser des forums de débats à travers toute la France puis d’en regrouper les résultats dans une charte, à l’occasion d’Assises nationales pour l’alternative qui se tiendront le 13 mai en France, juste après le Forum social européen d’Athènes (du 4 au 8 mai) – nos luttes sont en effet reliées à celles qui se passent à l’échelle européenne autant que mondiale telle la manifestation du 11 février contre la directive européenne dite « Bolkestein », à laquelle nous participons pleinement.
A Paris, toute cette semaine depuis le 23 janvier, des forums sont organisés dans les quartiers sur les thèmes des exclusions et discriminations, des institutions, locales, nationales, européennes et mondiales, de la santé et des services publics, du logement et de l’emploi, de la fiscalité, des jeunes... Depuis lundi, ces forums ont déjà mobilisé plus de 500 personnes.
Mercredi prochain, 1er février à 19h, au Gymnase Japy, le forum parisien, à partir des convergences et divergences de cette semaine, vous invite à débattre des moyens stratégiques pour rompre avec le libéralisme économique et construire ensemble l’alternative. Bienvenue !
