Petite analyse du vote NON
Il est très majoritairement à gauche et au regard des résultats parisiens (Gambetta a voté majoritairement oui, et Saint Blaise a voté majoritairement non) on peut largement penser que c’est un vote de classe, un vote de personnes qui subissent le système plus qu’elles n’en profitent. Alors c’est aussi la marque d’un raz le bol des politiques libérales qu’on nous impose depuis quelques décennies. Mais ce qui marque surtout le vote Non et qui lui donne, à notre sens, un caractère victorieux, c’est la réflexion…, le débat qui a été mené pendant la campagne. Entre amis, au travail, dans les Familles… comment les gens se sont impliqués, ont débattu avec conviction. Comment M et Mme tout le monde se sont investis dans la décision politique.
Et les organisations politiques n’étaient pas en reste. Le PCF, la LCR, PRS, les Verts et Socialistes pour le Non et des asso comme ATTAC, la fondation Copernic, les associations de chômeurs, et les syndicats, tous ont mené une campagne unitaire, multipliant les interventions tellement la question était grave et décisive. Et la victoire du NON n’était pas évidente…les tenants des responsabilités, les grands pontes politiques étaient pour le Oui, les médias avec tout leur attirail de propagande aussi.
Mais on a tous ensemble mené une campagne active de terrain à travers les collectifs comme le Comité 20ème et surtout une campagne très documentée, ça a beaucoup surpris. La campagne a soulevé des questions restées jusque là dans l’ombre.
Pour prendre un exemple, la directive Bolkestein (cf Jean-Claude) qui impose le principe du pays d’origine et qui est arrivé dans le débat sur le référendum parce qu’elle illustrait bien le genre de société libérale que proposait la constitution.
Ni l¹UMP/UDF ni le PS ne s’étaient exprimés sur cette question, alors qu’elle avait été déposée auprès de la commission européenne bien avant, en janvier 2004. Elle aurait dû passer comme une lettre à la poste mais ça a provoqué un vrai tollé. On avait même réussi à faire promettre à Chirac la disparition de la directive.
En fait, le 29 mai, on a dit Non à un texte qui actait juridiquement la politique anti-sociale et anti-démocratique que nous subissons, et qui sacralisait un marché dont on ne tire aucun bénéfice pour reprendre leurs termes… Les PB ont également dit non.
On a dit Non, et il y a eu une vague de désir de changement partout en Europe.
(Je rappelle que l’Espagne, qui a ratifié le traité, s’est décidé sur les parties 1 et 2, elle n’a pas eu vent de la partie 3 si décriée ! ) Nos nons ont ouvert une crise en Europe et déstabilisé le projet des libéraux qui construisent l’Europe dans notre dos En Belgique, des mouvements massifs ont lieu pour manifester contre les mêmes politiques libérales. Le linkspartei a fait près de 9% lors des dernières élections en Allemagne, et montre que la vraie gauche résiste à la facilité de s’associer aux libéraux et de réduire à néant leurs convictions socialistes premières. En France la gauche s’est divisée sur la question du traité et une partie du PS s’est ralliée au libéralisme. Nos nons et nos luttes déstabilisent fortement la droite comme les amis de François Hollande (on est de + en + abasourdis par l’absence des tenants politico médiatiques « du socialisme » dans les rues !)
Mais malgré notre résistance, les gouvernements restent sourds, ils continuent leur bonhomme de chemin libéral. Chirac a oublié sa promesse et, à ce jour, aucun gouvernement n’a fait la demande de retirer la directive Bolkestein. En politique extérieur, ce n’est pas mieux. L’Europe finance l’armement marocain pour que le Maroc empêche de façon très violente l’immigration clandestine (généralement les gens qui veulent passer les frontières fuient un régime politique et économique très sévère dans lequel nous avons une grosse responsabilité) Ils sont en train de nous préparer un territoire en vase clos, où ils pourront faire tout ce qu’ils veulent !
En France, on nous promet le plein emploi… on nous sort le contrat nouvelle embauche ! 24 mois à l’essai et si rupture de contrat, pendant cette période, pas d’indemnités de chômage ! Je les imagine à la veille du second anniversaire… C’est pas comme si on pouvait avoir confiance ! Les bac+4 (qu’on vient de voir défiler) qui accumulent les stages 2/3 ans, encore, après leurs études…ils bossent quelques mois « bénévolement » et le système ne crée pas d’emploi. Les lycéens en grève contre la loi Fillon, y’a eu une telle avalanche de violence ! Le gouvernement ne voulait pas écouter et il fallait coûte que coûte bâillonner les colères. Jusqu’où il faut aller pour ce faire entendre ? Les employés de la SNCM, dans leur résistance, avaient réquisitionné un bateau (tous les corps de métier étaient en lutte …alors c’était possible !), au karcher-GIGN ils les ont arrêté ! Le gouvernement n’est pas du tout disposé à écouter nos revendications. Ils bradent le bien public, (casse des SP, des droits sociaux et professionnels, multiplication des ventes de terrain immobilier au privé). Les rapports de force sont très tendus, mais on n’a pas le choix ; nos revendications sont légitimes pour nous, pour nos enfants, pour plus tard. Les droits sociaux ont été acquis de hautes luttes, on peut pas les laisser disparaître comme ça ! Alors on continue et les résistances se poursuivent et s’organisent de plus en plus…
…L’appel des 200 (cf historique Pascal) a fait le relais d’une demande de militants Belges pour qu’on les aident en terme de tracts, de matériel, de pétitions. Ils veulent pouvoir organiser un grand débat national sur le projet de constitution européenne et avoir le droit de décider de l’Europe qu’ils souhaitent. Une campagne unitaire (cf partis politiques cités plus tôt) s’est lancée contre Bolkestein et un meeting unitaire s’est déroulé en octobre. Meeting unitaire toujours pour la défense d’edf, mercredi 8 novembre à la mutualité (certainement 2E le paf). Et quand on est ensemble c’est plutôt impressionnant ; A l’initiative des syndicats, public/privé, on était plus d’un million en France le 04 oct à manifester !
Au niveau local dans le 20ème ; 3 pizza hut s’organisent pour faire la grève ensemble, les profs et les parents d’élèves qui occupent une école rue des Pyrénées pour avoir plus de moyens,et qui font tourner des pétitions pour défendre des élèves menacés d’expulsion du territoire. Les systèmes d’alerte téléphonique qui se multiplient pour soutenir les personnes déloger au petit matin par la police. A tous les niveaux des collectifs unitaires comme celui du 20ème tentent d’apporter leur solidarité.
Et la solidarité ça paye ! Etre attentif, être toujours sur le « qui vive » et se montrer forts et nombreux dans nos résolutions ça devrait payer.
Au-delà des nécessaires luttes pour faire entendre nos mécontentements, nous pensons qu’il faudrait aussi être force de proposition Face à un gouvernement qui ne prend pas les décisions économiques et sociales qui iraient dans le sens du plus grand nombre et que l’on a compris que nos « requêtes » sociales ne les préoccupaient pas, il faut que nous (les tout le monde avec les partis du non de gauche) soyons et ce, dès le début, la base d’un processus de transformation. C’est dans cette optique que nous devons débattre, ensemble, sur la définition de l’Europe que nous voulons, réfléchir à la politique que nous aimerions voir appliquer et trouver les moyens pour l’imposer et la rendre pérenne !
