Pour maximiser les profits du capital, les libéraux ont imposé partout les mêmes règles et méthodes.
• Ils baissent le “ coût du travail ”, désengagent les entreprises du financement de la protection sociale et entreprennent une baisse généralisée de la fiscalité sur le capital. À l’échelle planétaire comme à celle de l’Europe, ils amplifient le dumping social, fiscal, environnemental.
• Partout, au nom de la nécessaire “ fluidité ” ou “ flexibilité ”, ils font reculer l’essentiel des droits collectifs et des mécanismes de solidarité, misant sur une insécurité sociale qui amplifierait les replis individualistes au détriment des résistances collectives. Une logique de régression absolue a ainsi commencé de s’installer. Si ce processus continue, les générations futures vivront plus mal que celles qui les ont précédées !
• Ils élargissent constamment la sphère du marché, en libérant les échanges et en faisant de l’éducation, de la culture, de l’information, de la santé et du corps humain lui-même de simples marchandises. Ils ouvrent le capital massivement et privatisent des entreprises industrielles et des services publics. Ils sollicitent directement la masse salariale, par l’expansion des systèmes assurantiels et des fonds de pension. Ils mettent au cœur de la dynamique économique la spéculation financière mondialisée, au détriment des investissements matériels et des dépenses sociales.
• Ils débarrassent l’État de toutes ses fonctions de régulation et de répartition, tout en renforçant ses instruments de coercition et de contrainte sur les “ classes dangereuses ” et les individus. L’État a vu redéployer ses missions renonçant à agir volontairement sur l’activité économique par sa fiscalité, ses instruments de crédit ou son secteur public. En même temps, partout reculent les instances de concertation et de décision plus ou moins démocratiques, au profit des décisions prises par une poignée de décideurs publics ou privés, “ d’ “ experts ” ou d’instances dites “ indépendantes ” (Banque Centrale Européenne, autorités de régulation…).
• Avec leur ultralibéralisme, ils imposent partout, et notamment en Afrique, un système de dépendance de type néocolonial qui accélère la liquidation de la paysannerie et élimine toute possibilité de souveraineté alimentaire. Pour de nombreux États, cela se traduit par un recul absolu des indicateurs les plus vitaux du développement humain.
Les résultats de ces choix, suivis obstinément depuis plus de vingt ans, dans le cadre de pouvoirs de droite “ néolibéraux ” ou de pouvoirs de gauche “ sociaux-libéraux ”, ont abouti à des effets désastreux.
• Le chômage et la précarité sont devenus le cœur de l’organisation du travail, pesant sur la masse salariale et encourageant à la résignation.
• Le recul de l’État social et la montée de l’autoritarisme ont alimenté un doute massif sur l’action publique, ont favorisé les replis et aggravé le désengagement civique dans tous les pays.
• La spirale inégalitaire s’est accélérée, après avoir été atténuée dans les trente années précédentes. La pauvreté s’est étendue et s’est aggravée, à l’échelle du monde comme à celle des pays riches eux-mêmes. Pauvreté et précarité ont déchiré les tissus sociaux, exacerbé les discriminations, incrusté les mécanismes dangereux et violents de “ l’exclusion ”.
• L’environnement s’est un peu plus dégradé, les ressources naturelles ont été gaspillées, au détriment des pays et des régions les plus fragiles. Le modèle de développement capitaliste libéral mène la planète à une catastrophe écologique.
• Le monde de l’information, de la culture et celui de la pensée se sont uniformisés avec la concentration croissante et la domination de quelques grands groupes multimédias transnationaux. Les idées libérales forment la trame d’une sorte de “ pensée unique ” : le capitalisme et sa “ concurrence libre et non faussée ” seraient devenus l’alpha et l’oméga de toute organisation sociale, certains allant jusqu’à décréter la “ fin de l’Histoire ”.
• Le capitalisme se développe de plus en plus comme une hyperindustrie culturelle avec au cœur une convergence de nouvelles technologies qui modifient les manières de produire et servent de prétexte à une idéologie du risque cassant les protections sociales au profit de l’actionnaire-roi.
Depuis plus de vingt ans, nous avons pu mesurer les effets d’un véritable projet de société, faisant des indications des marchés financiers la norme et le critère de toute rationalité, publique ou privée. Nous avons pu mesurer la négativité de ces choix quand ils étaient mis en œuvre par des gouvernements de droite, en osmose avec les institutions patronales. Mais nous avons pu voir aussi combien étaient désastreuses toutes les politiques de gauche qui, d’une façon ou d’une autre, partaient du postulat qu’il fallait bien s’accommoder de ces normes capitalistes et libérales.
